Les plateformes de réservation changent vos encaissements… mais pas les règles comptables.
Entre commissions prélevées, abonnements, paiements encaissés puis reversés (parfois), et promotions, il est facile de se retrouver avec un chiffre d’affaires enregistré “au mauvais montant” ou des rapprochements bancaires impossibles. Dans cet article, Compta Resto vous explique comment traiter comptablement TheFork (LaFourchette) et, plus largement, les plateformes de réservation, avec des exemples concrets et les points de vigilance TVA. (anc.gouv.fr)
À retenir tout de suite : dans la majorité des cas, le restaurant reste vendeur de la prestation (repas). La plateforme est un intermédiaire : on comptabilise donc le chiffre d’affaires au montant “restaurant”, et la commission en charge (avec la TVA correspondante). Cette logique ne change que si le contrat montre que la plateforme vend en son nom (cas plus rare : bons/ventes “merchant of record”, etc.).
1) Comprendre le modèle économique (pour choisir le bon traitement)
TheFork : qui facture quoi ?
Pour la France, TheFork est opéré par La Fourchette SAS (société française, avec n° de TVA intracommunautaire FR…). C’est un point utile pour la TVA figurant sur les factures de commissions/abonnements lorsque votre contrat est bien avec l’entité française. (thefork.fr)
Les plateformes de réservation peuvent facturer, selon les contrats :
- Un abonnement logiciel / visibilité (mensuel, annuel, options),
- Une commission (souvent liée au nombre de couverts/réservations, parfois au canal),
- Des services additionnels (SMS, modules, intégrations, etc.),
- Un service de paiement (si la plateforme propose le règlement à table ou l’encaissement en ligne).
Cas particulier : paiement via TheFork PAY (ou outil de paiement)
Certains outils ajoutent une couche “paiement” : vous voyez le règlement côté interface, et les frais de transaction peuvent être pris en charge (selon l’offre/conditions annoncées). Cela ne remplace pas l’analyse comptable : il faut toujours rattacher la recette au bon service/au bon jour, et traiter correctement les commissions éventuelles. (theforkmanager.com)
Astuce Compta Resto : avant d’automatiser, identifiez le flux réel. Est-ce que le client paye au restaurant (CB/caisse) ? Est-ce que la plateforme encaisse puis vous reverse ? Ou est-ce uniquement une facture de commission mensuelle ? Le schéma dicte les écritures.
2) La règle de base : chiffre d’affaires brut vs net des commissions
Principe (le plus fréquent) : vous enregistrez le CA “restaurant”, la commission en charge
Dans la restauration, c’est généralement le restaurant qui délivre la prestation (repas, boisson) et qui émet/produit la pièce de vente (ticket Z, note, facture si demandée). La plateforme apporte un client et facture une commission : on enregistre donc :
- Le chiffre d’affaires pour le montant effectivement facturé au client (après remises commerciales si vous faites -20%, -50%, menu, etc.),
- La commission plateforme en charge externe, sur facture mensuelle,
- La TVA sur la commission selon la facture et la localisation du prestataire (France vs UE vs hors UE).
Quand pourrait-on enregistrer un CA “net” ?
C’est plus rare, mais possible si le contrat indique que la plateforme agit comme vendeur en son nom (ex. elle vend un bon/une prestation, encaisse et vous rémunère). Dans ce cas, il faut analyser :
- qui fixe le prix final,
- qui porte la relation client et les conditions de vente,
- qui gère les remboursements,
- qui émet la facture au client,
- et qui supporte le risque (litige, impayé, etc.).
Si vous avez un doute, un expert-comptable spécialisé restauration (comme Compta Resto) peut relire le contrat et sécuriser le schéma, car l’impact porte sur le CA, la marge, la TVA et parfois les indicateurs bancaires (DSO, rapprochements).
3) Écritures comptables types (PCG) : abonnements, commissions, paiements, reversements
Comptes PCG souvent utilisés (repères, à adapter)
Le Plan comptable général (PCG) prévoit notamment des comptes de commissions (ex. 6226 – honoraires/commissions selon le plan de comptes) et, plus largement, des charges externes pour les services souscrits. La pratique exacte dépend de votre organisation, de votre logiciel, et de la nature précise de la dépense (commission d’apporteur, abonnement SaaS, frais bancaires, etc.). (anc.gouv.fr)
Tableau récapitulatif : 4 scénarios courants et leur traitement
| Scénario | Pièces à conserver | Traitement comptable (logique) | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| 1) Réservation via plateforme, client paie au restaurant | Ticket Z / notes + facture de commission mensuelle | CA enregistré via caisse. Commission enregistrée en charge à réception de la facture. | Vérifier la TVA sur la facture de commission (France/UE). |
| 2) Abonnement mensuel (logiciel/visibilité) | Facture d’abonnement | Charge externe (abonnement) + TVA déductible si applicable. | Bonne période (cut-off) si facture annuelle. |
| 3) La plateforme encaisse et reverse un net | Relevé/rapport de reversement + facture(s) de commissions | CA au montant “repas”. Utiliser un compte de tiers/attente pour rapprocher le net reçu vs commission. | Rapprochement bancaire : éviter de “mettre le net” en CA. |
| 4) Paiement à table / solution type TheFork PAY | Rapport de paiement + conditions/factures | CA côté caisse, et frais selon facturation (parfois pris en charge selon offre). | Bien distinguer frais de paiement vs commission de réservation. |
Exemple chiffré (fictif) : réservation + commission mensuelle
Exemple : le 10 mars, un client consomme 80 € TTC. Vous faites une remise commerciale de 20% sur les plats, le ticket final est de 64 € TTC. En fin de mois, vous recevez une facture de la plateforme pour 30 couverts (commission), montant 60 € HT + TVA 20% (si prestataire français) = 72 € TTC.
- Le 10 mars : CA = 64 € TTC (selon ventilations TVA restauration, boissons, etc. de votre caisse).
- À réception de la facture : charge de commission = 60 € + TVA déductible si applicable.
Important : l’exemple illustre la méthode. Les tarifs/commissions réels dépendent de votre contrat (abonnement, canal, options). Pour l’ordre de grandeur, la presse professionnelle a déjà évoqué des commissions “par couvert” en moyenne dans certains modèles, mais cela varie fortement et ne remplace pas votre facture contractuelle. (hr-infos.fr)
4) TVA sur les commissions des plateformes : France, UE, hors UE
Plateforme française (ex. entité française) : TVA sur facture, TVA déductible
Si votre prestataire est établi en France et vous facture une prestation de service (commission, abonnement), la facture comporte en principe de la TVA française (souvent 20% pour ce type de services). Vous comptabilisez la TVA déductible selon les règles habituelles, sous réserve des conditions de déduction.
Plateforme établie dans l’UE (hors France) : autoliquidation (cas fréquent en services B2B)
Si la plateforme est établie dans un autre État membre de l’UE et vous facture un service B2B, il peut s’appliquer un mécanisme d’autoliquidation de la TVA par le preneur en France, conformément aux règles fiscales (notamment CGI art. 283, et commentaires administratifs). Dans ce cas, la facture peut être HT et vous déclarez simultanément la TVA collectée et déductible (si vous y avez droit), selon votre régime. (bofip.impots.gouv.fr)
À vérifier aussi : la DES (déclaration européenne de services) peut être requise selon les situations. (impots.gouv.fr)
Hors UE : règles spécifiques
Pour un prestataire hors UE, la logique peut aussi conduire à une autoliquidation (selon la localisation de la prestation et votre statut d’assujetti). Comme les cas sont plus variés (contrat, lieu d’établissement, nature du service), une validation au cas par cas est prudente (et évite des erreurs récurrentes de TVA sur l’année).
5) Points de vigilance “terrain” : caisse, remises, no-shows, cut-off
1) Remises et promos : c’est votre politique commerciale, donc ça impacte le CA
Quand vous accordez une remise via une opération promotionnelle (ex. -20%, -50% sur une catégorie), la réduction doit se voir sur la note/ticket, et le CA comptable suit le montant réellement facturé. La commission plateforme, elle, reste une charge séparée (sauf modèle contractuel différent).
2) Annulations / no-shows : distinguer “réservation” et “facturation”
Sur TheFork, la communication officielle côté outil restaurateurs a indiqué ne pas facturer certaines annulations/no-shows dans des conditions décrites par la plateforme (pour éviter de vous facturer des couverts non venus). Conservez la politique applicable à votre contrat et les justificatifs (rapports, conditions) : c’est utile en cas de contestation de facture. (theforkmanager.com)
3) Cut-off (fin de mois / fin d’exercice) : rattacher la commission à la bonne période
En comptabilité d’engagement, une facture de commission reçue en avril mais portant sur des réservations de mars se rattache économiquement à mars (même si les outils et vos procédures peuvent conduire à un enregistrement “à réception”). Au minimum, au bilan, on s’assure que les charges et la TVA sont cohérentes sur la période, surtout si les montants deviennent significatifs.
4) Rapprochement bancaire : le piège du “net reçu”
Dès qu’un intermédiaire encaisse et reverse (ou prélève une commission), il y a un risque de :
- compter le net en chiffre d’affaires (ce qui sous-estime le CA et fausse la marge),
- perdre la trace des écarts (litiges, couverts contestés, avoirs),
- mal lettrer les comptes (banque vs plateformes vs commissions).
La bonne pratique consiste à isoler le tiers plateforme (ou un compte d’attente/tiers) pour pointer : CA théorique → commission → net reversé.
6) Organisation & pièces : comment “bétonner” votre dossier comptable
Checklist mensuelle simple (30 minutes)
- Télécharger et archiver les factures (abonnements, commissions, options) au format PDF.
- Exporter un reporting (réservations, couverts, statuts, éventuellement no-shows/annulations selon l’outil).
- Pointer la facture : volume (couverts facturés) + période + TVA.
- Rapprocher le(s) prélèvement(s) ou reversement(s) bancaire(s) avec la facture et/ou le reporting.
- En cas d’écart : conserver les preuves (captures, emails, rapport) et demander un avoir si nécessaire.
Anticiper la facturation électronique (calendrier officiel)
La réforme française de la facturation électronique B2B entre entreprises assujetties à la TVA prévoit notamment :
- 1er septembre 2026 : les entreprises doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques,
- 1er septembre 2027 : extension de l’obligation d’émission aux PME et micro-entreprises (selon le calendrier officiel communiqué). (impots.gouv.fr)
Concrètement, plus vos factures plateformes sont bien structurées et archivées (contrat + factures + exports), plus la transition sera simple pour votre restaurant.
7) Pourquoi c’est un sujet clé pour votre rentabilité (et pas “juste de la compta”)
Les plateformes peuvent représenter un volume important de réservations : par exemple, TheFork a communiqué dans la presse un parc de 55 000 restaurants dans 12 pays (information citée dans un article grand public sur les enjeux no-shows). Cela illustre à quel point ces intermédiaires pèsent dans la distribution et, mécaniquement, dans vos charges de commissions. (bfmtv.com)
Un traitement comptable propre permet de :
- suivre un coût d’acquisition (commission) par canal,
- mesurer l’impact des promotions sur la marge,
- sécuriser la TVA (France/autoliquidation),
- gagner du temps sur la clôture (moins d’allers-retours et de “comptes d’attente”).
Chez Compta Resto, cabinet spécialisé dans la restauration (20+ ans d’expérience selon notre histoire), l’objectif est de relier ces flux à vos indicateurs opérationnels (caisse, panier moyen, taux de remplissage) pour que la comptabilité serve vraiment au pilotage. En savoir plus sur Compta Resto.
FAQ – TheFork, plateformes de réservation et comptabilité (Compta Resto)
Faut-il enregistrer le chiffre d’affaires TheFork “brut” ou “net de commission” ?
Dans la majorité des restaurants, le chiffre d’affaires doit être enregistré au montant facturé au client (après vos remises éventuelles), et la commission TheFork doit être comptabilisée séparément en charge sur facture. Enregistrer uniquement le “net” fausse le CA, la marge et complique les rapprochements bancaires. Le bon schéma dépend toutefois du contrat : si la plateforme vend en son nom (cas particulier), l’analyse peut changer. Compta Resto vous aide à qualifier le modèle et à sécuriser l’écriture.
Comment comptabiliser une commission de plateforme avec autoliquidation de TVA ?
Si votre prestataire de service est établi hors de France (UE, selon les cas), la facture peut être émise HT et vous devez autoliquider la TVA en France (TVA collectée et TVA déductible si vous y avez droit), conformément aux règles applicables aux prestations B2B. Il faut aussi vérifier si une DES est à produire selon la situation. Le plus important est d’éviter l’erreur “TVA déductible sans TVA collectée” (ou l’inverse). Compta Resto met en place un process simple pour fiabiliser vos factures récurrentes.
Que faire si le prélèvement bancaire ne correspond pas à la facture TheFork ?
Commencez par rapprocher la facture avec le reporting de réservations/couverts sur la même période (mensuelle le plus souvent). Ensuite, vérifiez s’il existe des avoirs, des options facturées, ou un décalage de date entre facture et prélèvement. D’un point de vue comptable, évitez d’écraser l’écart en “frais bancaires” : isolez-le sur le compte tiers plateforme (ou compte d’attente) et documentez la régularisation (demande d’avoir, email, justificatif). C’est la méthode la plus sûre en cas de contrôle ou de litige.
Comment récupérer et archiver correctement les factures des plateformes pour la comptabilité ?
Le bon réflexe est de centraliser chaque mois : PDF de facture, contrat/conditions, et export des réservations (preuve du volume facturé). Nommez les fichiers de façon standard (ex. “TheFork_Facture_2026-02.pdf”) et stockez-les dans un dossier unique partagé avec votre cabinet. Avec la réforme de la facturation électronique (réception obligatoire en 2026, et montée en charge en 2027 selon le calendrier officiel), une organisation propre dès maintenant vous fera gagner beaucoup de temps.
Et maintenant ?
Si vous voulez sécuriser vos écritures (CA brut vs net, TVA France/UE, comptes de commissions, rapprochements), Compta Resto peut mettre en place un traitement fiable et reproductible pour vos plateformes, adapté à votre caisse et à votre fonctionnement. Découvrez nos services ou faites directement une demande de devis pour être accompagné.



